01 / Récit / Paris
Mater Dolorosa
Cette nuit, je cours dans Paris…
La Commune vient juste de s'achever…
Le monde est à feu et à sang, mais peu importe, un contrat est un contrat !
Pleurer, ça ne sert à rien, les mauvais discours, tout s'effacera…
S.A.S. m'a dit : « Je compte sur toi, tu es le seul qui peut le faire. »
Alors je vais le faire, parce qu'il faut bien quelqu'un pour ça. Il arrive parfois qu'un homme doive aller jusqu'au bout, mais je ne suis plus un homme, je suis plus que ça…
Je cours dans Paris…
Il pleut…
Les rues mouillées me renvoient le bruit de mes bottes…
Je croise la demi-mondaine, j'ai un instant d'hésitation… Non !
La pluie tombe, et je me souviens de cette conversation :
« Tu sais, mon ami, le vampire est un animal. Quoi que nous fassions, la bête reste toujours tapie, prête à ressurgir au moindre écart. »
Je me souviens de ce qu'il m'a répondu alors :
« Tu sais ce qui sépare le vampire de l'animal, bonhomme ? »
« Non… »
« La Méditerranée… »
Sur le coup, j'ai éclaté de rire. Bien répondu, il est vraiment très fort, un génie du complot et de la répartie, un vrai personnage de roman…
J'en suis là de mes réflexions et je cours toujours dans Paris…
Je suis bientôt arrivé…
La pluie redouble, le temps est comme mon humeur…
J'arrive devant la porte, mais je passe par le jardin. Je saute le mur et me faufile parmi les ombres. Personne ne peut me voir, c'est mon métier…
J'entre dans la demeure…
Tout est silencieux…
Je parcours le lieu, fantôme dans les pièces vides de toute vie…
Et je la trouve…
Enfin, elle est là, assise devant sa cheminée, regardant une vieille montre. Elle caresse le cadran, elle semble triste… Elle est toujours triste, perdue dans ses pensées, son éternel petit carnet à ses côtés…
Je réapparais devant elle, elle sursaute, surprise…
Je pose un regard doux sur elle, elle se calme. J'approche du fauteuil où elle est assise, lui tends une main pour l'aider à se lever…
Elle me regarde et me demande :
« Qui êtes-vous ? »
Je me présente, elle semble surprise…
« C'est un nom russe, non ? » me demande-t-elle.
« En effet, j'arrive de Moscou, Madame… »
Alors que je plante mon scalpel dans le pubis de cette femme, remontant le long de sa paroi stomacale jusqu'à son diaphragme, l'éviscérant de manière propre et nette, je lui réponds calmement :
« Mais tous mes amis m'appellent Bogdan… »
Bogdan