01 / Récit / Fontainebleau

Murmure à Fontainebleau

Illustration : Joh'K

Cela faisait longtemps que je n'étais pas revenue ici. Certains « frères » pourraient trouver cocasse que je choisisse précisément cet endroit. « On revient à ses origines ? Tu as envie de communier avec la nature ? Tu enlèves enfin ce vernis de civilisation que tu portes ? » Voilà ce que me dirait une personne en particulier. Mais bon, laissons cet énergumène hors de cette petite histoire.

J'aime sortir, me promener quand je ne suis pas au travail, retrouver un lien avec la vie. Une chose vaine, quand on y pense. Mais étrangement, je m'y accroche tel un papillon de nuit attiré par la lumière d'un lampadaire.

Selon moi, la vie citadine est parfois grisante. Trop de bruit, trop de lumière, trop de monde. Hors de la ville, je peux enfin retrouver le silence, la nuit, la solitude. Cette nuit, je me suis décidée à parcourir de nouveau la forêt de Fontainebleau. Quel endroit magnifique. Je comprends aisément pourquoi elle a servi de muse aux artistes. Grâce à eux, je peux la contempler de jour ; pourtant, sa beauté se découvre lorsqu'elle revêt sa robe nocturne. Plus étrange encore, ce lieu semble avoir gardé un côté enchanteur, même si ses premiers gardiens paraissent partis depuis bien longtemps.

Ce côté « magique », je l'ai réellement ressenti durant ma visite, comme si on m'épiait. Au détour d'un chêne, j'entendis des rires, des murmures. Bien évidemment, quand je faisais mine de me concentrer là-dessus, aucune réponse, si ce n'est le silence. Je continuai ma route en attribuant ces bruits à mon imagination. C'est bien la première fois que je ressens cela ici.

Mon périple me mena au Belvédère des Druides. Je pus observer les alentours, et quelle vue ! Je perdis la notion du temps, assise en tailleur sur mon point d'observation. Ma contemplation fut interrompue par des chuchotements… Des chuchotements qui se turent dès que je repris un semblant de concentration. Mon instinct n'aimait pas être titillé ainsi. Je me sentis rapidement en danger, faute de réussir à trouver une explication logique à ce phénomène. Je poussai un long soupir. Soit ces murmures étaient bien réels, soit je côtoyais un peu trop souvent une certaine personne à mon goût. Elle devait déteindre sur moi.

Après réflexion, je compris qu'il était inutile d'essayer d'expliquer ce phénomène. Qu'il soit réel ou non, je décidai de l'accepter. Cela faisait sans doute partie de la forêt. Sur le chemin du retour, j'entendis par moments ces murmures et ces rires. Je crus même apercevoir des yeux qui m'épiaient au loin. Je décidai non de les ignorer, mais d'accepter cette présence. Mon instinct se calma.

Arrivée à la lisière de la forêt, je me permis d'écouter une dernière fois ses sons. Il n'y eut que le silence. Après de longues minutes, mon regard se tourna vers la ville. Mon autre vie m'appelait, et le papillon de nuit se retrouva de nouveau prisonnier d'une toile. Sur le chemin du retour, j'esquissai un sourire et me permis d'espérer que tout ceci n'était pas seulement mon imagination.

Moe