01 / Récit / Paris

Une visite touristique

Illustration : Joh'K

Il arpentait les rues de Paris en cette chaude nuit de l'été 1882…

Ah, Paris ! L'éternelle !

On lui avait tellement parlé de cette ville, de son Prince, de sa puissance…

Il avait traversé la moitié du monde pour la visiter…

Lui, un membre du plus grand de tous les clans, le clan du sceptre, le clan des dirigeants, le clan de la Camarilla…

Il arrivait du Japon. Son sire l'avait mis en garde contre ce monde de barbares sans foi ni loi, un monde différent, un monde à conquérir…

Dans ses yeux dansaient des flammes de fierté et d'orgueil. Personne ne pouvait s'opposer à lui. Lui, un Ventrue du monde du milieu, avait la force d'un Caïnite de 300 ans et la puissance d'un clan entier derrière lui…

Bien sûr, on l'avait mis en garde contre ce fameux assassin qui risquait d'attenter à sa vie à cause de ce soi-disant contrat…

Mais la peur, il l'instillait, il ne la subissait pas. Le doute, il ne se le permettait pas, pas comme ces gaijins ignorants de leur potentiel réel, en recherche permanente de reconnaissance identitaire…

Ce serait facile, tellement facile de prendre le pouvoir ici, tellement facile de modeler cette ville…

Malgré les avertissements de son sire, il sentait monter en lui une soif de pouvoir dont sa bête se délectait à l'avance…

Tous des barbares, tous des pions, des insectes qu'il allait broyer comme le blé sous la meule…

Déjà une nuit qu'il était arrivé à Paris et il avait déjà tout compris…

…

Tout à coup, un sifflement vibrant trancha net ses rêveries et son cou…

Le sol se rapprocha à grande vitesse alors que son regard et son visage entraient en contact avec la rue pavée…

Il entendit un bruit sourd et comprit que son corps venait de s'écrouler derrière lui, alors que sa tête, roulant au sol, lui montrait tantôt la rue, tantôt le ciel étoilé…

Une odeur étrange lui saisit les narines alors que l'ombre de l'oubli tombait sur ses paupières, une odeur de naphtaline et d'amidon…

Il comprit qu'une main soulevait sa tête tranchée pour la tourner vers le visage de son assassin et les mots de son sire lui revinrent à l'esprit : « Prends garde aux vampires de ce monde… »

Alors que l'ombre tombait sur ses yeux et que la froideur de la mort étreignait son âme, le temps d'un battement de cœur, il put entendre ceci :

« Konnichi-wa, bol de riz, on m'appelle Bogdan… »

Bogdan